A la suite de son rachat en 2012 par la Walt Disney Company, Lucasfilm, alors en pleine production du septième épisode de sa saga culte Star Wars, annonçait la mise en chantier d'une série de films indépendants. Le premier d'entre eux, Rogue One : A Star Wars Story, traite des événements se déroulant peu avant Star Wars : Un Nouvel Espoir en révélant comment les Rebelles se sont emparés des plans de l’Étoile Noire, l'arme de destruction massive de l'Empire. Développant l'univers Star Wars tout en s'écartant de la saga principale, Rogue One : A Star Wars Story est une excellente surprise.

 

 

Gareth Edward (Godzilla) ouvre donc cette nouvelle série d'histoires autonomes qui s’inscrivent dans l’univers Star Wars, permettant non seulement d'approfondir et développer l’univers existant, mais aussi de proposer un nouveau champ des possibles pour la créativité cinématographique et une variété de genres. Ainsi, l'histoire s'écarte de la dynastie des Skywalker lui permettant d'être indépendante. Suivant une idée originale de John Knoll, directeur de la création et superviseur senior des effets visuels de plusieurs films Star Wars, Rogue One puise son synopsis dans le déroulant qui ouvre le tout premier film de la saga : Un Nouvel Espoir. Jyn Erso et une bande disparate de rebelles font équipe pour une mission jugée impossible : trouver l’architecte de l’Étoile de la Mort, la nouvelle arme de destruction massive mise au point par l'Empire et lui voler les plans afin de la détruire. Il s'agit donc d'une histoire se basant sur l’espoir et la détermination de « citoyens ordinaires » et prend une dimension épique tout en conservant le caractère intime d’un film unique. Parfaitement construit, le scénario ne souffre d'aucun temps mort, les scènes d'action et de guerre se succédant au fil de l'opus. Pouvant être suivi en toute autonomie par rapport à la saga principale, Rogue One pose néanmoins une nouvelle pierre à l'univers Star Wars en le complétant à sa façon. Outre les diverses allusions et coméos jouissifs pour les fans, Rogue One étend la mythologie initiée par George Lucas en introduisant de nouvelles planètes, vaisseaux (les U-Wings) et personnages. Respectueux de son héritage, Gareth Edward conserve une certaine continuité esthétique. Mais le réalisateur profite du spin-off pour inscrire son propre style avec un aspect plus réaliste, cru, sale, poussiéreux. La manière de filmer est également plus brute, proche du style « caméra à la main ». Il n’empêche, Gareth Edward sait indéniablement filmer les grandes batailles, chaque plan étant un régal pour la rétine. Plus sombre, pesant et moins mystique, le synopsis de Rogue One offre également quelques moments d'émotion bien dosés, notamment un final très bien écrit.

 

 

La famille Skylwaker n'étant pas au centre de l'intrigue, Rogue One propose une galerie de nouveaux personnages parfaitement réussis. L’héroïne du film, Jyn Erso, est une jeune femme impétueuse qui se joint à l’Alliance Rebelle pour entreprendre sa mission désespérée. Felicity Jones, nommée à l’Oscar de la meilleure actrice pour Une Merveilleuse Histoire Hors du Temps, incarne ce nouveau personnage féminin fort comme Star Wars a l'habitude de présenter après la Princesse Léia ou Rey. Le rôle de Cassian Andor, un officier du renseignement respecté au sein de l’Alliance, a été attribué à Diego Luna, vu notamment dans Elyseum. Premier rôle masculin, Cassian apporte un contre-poids efficace pour porter la force d'attaque Rebelle. La relation qu'il construit progressivement avec Jyn est crédible et jamais mélo-dramatique. Le reste de l'escadron « Rogue One » se compose notamment de Chirrut Îmwe et Baze Malbus, interprétés respectivement par Donnie Yen et Jiang Wen, deux acteurs très connus dans le cinéma chinois. Riz Ahmed incarne le pilote du vaisseau de l'escadron, Bodhi Rook, ancien travailleur de l'Empire et déserteur. Il n'était pas pensable d'écrire un nouveau film Star Wars sans introduire un nouveau droïde ! K-2SO est un garde de la sécurité de l’Empereur reprogrammé, à présent du côté de l’Alliance. K-2 appartient à Cassian et même s’il faut du temps à Jyn pour faire confiance à un droïde qui appartenait autrefois à l’Empire, il va devenir un membre à part entière du petit groupe de rebelles. Ce droïde d’une taille de 2,15 m est joué par Alan Tudyk, qui apporte son humour à ce personnage créé en motion capture. Du côté des antagonistes, Ben Mendelsohn est le Directeur Orson Krennic, un membre haut placé de l'Empire chargé de construire l’Étoile de la Mort. L’impitoyable Krennic doit rendre compte au tout puissant Dark Vador qui fait ainsi son grand retour à l'écran. Bénéficiant plus que jamais de cette aura glaciale, ce méchant mythique impose toujours autant par sa présence à l'écran et chacune de ses apparitions est un pure régal.

 

 

Rogue One : A Star Wars Story bénéficie de décors magistraux. Les scènes tournées dans les décors naturels d'Islande, Jordanie et des Maldives sont de toute beauté. Ainsi le spectateur à le plaisir de découvrir de nouvelles planètes élargissant l'aspect visuel du film, passant par la ville sainte de Jedha s'inspirant de Jérusalem, à la lugubre et humide planète Eadu, jusqu'aux plages paradisiaques de Scarif. D'anciens lieux mythiques de la saga sont néanmoins repris . Les fans reconnaîtront notamment la base rebelle Yavin 4 et son centre de commandement du premier film Star Wars : un Nouvel Espoir, et bien entendu la célèbre Étoile de la Mort. Rogue One bénéficie d'effets spéciaux grandioses et novateurs, tout en conservant ce côté rétro et artisanal si propre à la saga.

 

Michael Giacchino (Zootopie) prend la suite de John Williams pour composer la partition musicale de Rogue One. Puisant indéniablement son inspiration sur l’œuvre musicale originale et si emblématique, le compositeur parvient néanmoins à proposer une partition de grande qualité, accompagnant les scènes de combat à la perfection.

 

Chargé d'inaugurer une nouvelle série de films étendant l'univers de Star Wars en dehors de la saga principale et la dynastie des Skywalker, Rogue One : A Star Wars Story est une réussite. Parfaitement autonome, le film de Gareth Edward bénéficie d'un scénario solide s'inscrivant dans un héritage parfaitement respecté. Bénéficiant d'un nouveau casting de talent, cette première Star Wars Story est un atout évident permettant d'élargir l'univers intergalactique construit par George Lucas il y a déjà 40 ans. On en redemande !